Réforme des retraites : mon interview pour Ensemble, le magazine des socialistes de Loire-Atlantique

Le numéro du mois de janvier d’Ensemble, le magazine de la fédération du Parti socialiste de Loire-Atlantique m’a interviewé au sujet de la réforme des retraites. Voici le contenu de cet entretien réalisé le 10 janvier 2020, soit avant la présentation du projet de loi en conseil des ministres.

Les Socialistes sont dans la rue aux côtés des forces sociales, une réforme des retraites n’est elle pourtant pas nécessaire ?

Le système actuel est perfectible : il pourrait mieux corriger les effets des inégalités salariales entre femmes et hommes, rétablir la prise en compte de la pénibilité instaurée sous Hollande. Des financements complémentaires assis sur les gains de productivité liés à l’automatisation pourraient aussi permettre d’affronter les besoins démographiques… En tout cas, jusqu’aux décisions récentes du gouvernement (non compensation des exonérations de cotisations, réforme du chômage) il n’y avait pas de justification financière à réformer le sytème de retraites. La réforme de Marisol Touraine en 2013 a permis le retour à l’équilibre financier. Dès lors, la réforme par points d’Emmanuel Macron risque d’affaiblir les vertus de notre système par répartition.

Qu’est ce qui se joue dans cette réforme des retraites ?

Sous couvert d’une universalité dogmatique le gouvernement d’Édouard Philippe cherche des pistes d’économie, il souhaite contenir la part du PIB affectée à l’assurance-vieillesse, en dépit de la démographie.

N’est-il pas nécessaire d’engager une réforme des régimes spéciaux ?

Les caisses autonomes de certaines catégories sont le reflet de notre histoire sociale et de la capacité catégorielle à défendre, en contrepartie de rudes conditions d’emploi, des aménagements plus favorables lors de la cessation d’activité. Le gouvernement lui-même en convient puisqu’il a assoupli sa copie durant la trêve des confiseurs s’agissant du personnel naviguant de l’aviation civile, des forces de l’ordre…

L’âge pivot est-il le seul point de blocage de cette réforme ?

Ce n’est pas le seul mais il est emblématique. L’âge pivot ou d’équilibre, en fonction duquel les pensions seront minorées (si départ avant) ou majorées, pourrait atteindre 64 ans en 2027. Cela repousse l’âge de départ ! Ce paramètre, comme le coefficient de minoration sera revu tous les ans. Le gouvernement n’a donc pas pour objectif d’en finir avec les fluctuations de l’âge de départ. Il ouvre la voie à des révisions continues des paramètres des pensions (valeur du point, montant des pensions, indexation , seuil de décote…) et des dispositifs de solidarité.

Les changements de mode de calcul interrogent également : dans le privé, le calcul des pensions tout au long de la carrière fera des perdant·e·s : les salarié·e·s aux carrières interrompues, que le calcul des pensions sur 25 meilleures années permet de corriger à la hausse. Les femmes également : je mènerai bientôt au Sénat les travaux de la délégation aux droits des femmes pour étudier en détails les conséquences de cette réforme.

Cette réforme n’est-elle pas un cadeau à destination des fonds de pension ou des assurances privées ?

Les menaces sur le système par répartition inquiètent nos concitoyen·ne·s : « ma pension me permettra-t-elle de vivre dignement ? pourrais-je prendre en charge mes parents dépendants ? » Les plus aisé·e·s pourraient développer des stratégies individuelles en direction d’épargne retraite par capitalisation. Cela n’aurait pas pour seule conséquence la rupture de mécanismes de solidarité mais ça renforcerait encore le pouvoir économique de fonds de pensions qui dictent aux gouvernements et à l’Union européenne leur prises de positions néo-libérales en défaveur des droits des salarié·e·s. Cette proximité idéologique avec l’Élysée a été décriée en début d’année lors de la nomination au rang d’officier de la Légion d’honneur du pdg de Blackrock.

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