Penser la France d’après. Avons-nous compris le sens de cette crise ?

La crise sanitaire que nous traversons est d’une ampleur que personne n’aurait pu prévoir. Elle aura, et elle a déjà, des prolongements économiques et sociaux considérables.

Notre économie et notre mode de production sont remis en cause.

Parallèlement les rapports sociaux doivent être réinterrogés : « les derniers et les dernières de cordée », les services publics, sont en première ligne et viennent nous rappeler toute leur importance.

Réfléchir à demain, c’est ne pas avoir peur de renverser la table, de proposer des solutions innovantes, c’est donner la parole, et prendre en compte les citoyennes et les citoyens.

Les réponses doivent être globales, nationales, bien sûr, mais aussi européennes et internationales. Chacun dit que demain sera différent, mais je pense que la crise passée, beaucoup reviendront aux mêmes réponses ! Le vieux monde a encore de beaux jours devant lui…

Peut-on se résoudre à cela ? La réponse est non ! Notre réponse, sociale, économique, et écologiste peut et doit être un élément déterminant dans le débat à venir.

Pour être entendu.e.s, pour être une force de propositions, nous devons refuser celles et ceux qui ne veulent que mettre un sparadrap sur une jambe de bois.

Nous devons refuser de nous associer à celles et ceux qui sont responsables aujourd’hui de l’impréparation, et l’incohérence des réponses à la pandémie.

Nous devons au contraire nous tourner vers les forces progressistes, associatives, syndicales… et avec elles construire demain.

Le risque sera encore l’émiettement de cette gauche dont nous sommes un élément essentiel, le risque sera de ne pas s’écouter, de s’excommunier… nous nous devons humblement d’accepter les critiques sur notre passé, les reconnaître et montrer, démontrer notre volonté d’aller de l’avant.

Aller de l’avant, c’est être capable de conjuguer réponses immédiates et projet pour demain. L’un ne peut aller sans l’autre !

Dans ce sens, reconnaissons que le parti socialiste, avec notre premier secrétaire national, a été et est une force de dénonciation face aux réponses inappropriées de ce gouvernement. Nous sommes également une force de solidarité dans nos villes, nos départements, nos régions.

Il nous faut nous appuyer sur les réponses, les actions que les élu.e.s ont pu proposer pour avancer, comme sur les propositions d’Olivier Faure.


Aujourd’hui pas de sortie de crise sans :

Une production massive et nationale de masques.

Une production suffisante de tests pour identifier, isoler, soigner, et guérir demain les porteurs du virus.

Une aide exceptionnelle à tout le personnel soignant : le budget doit être un signe fort.

Une aide financière conséquente à la recherche et tout particulièrement aux équipes qui travaillent sur le coronavirus.

Un geste conséquent, aussi, vis-à-vis de toutes celles et ceux qui nous ont permis de sauvegarder le vivre ensemble. Il faudra repenser la rémunération selon l’utilité sociale des tâches occupées. Les emplois de production ou transformation alimentaire sont visés. Les emplois de propreté des espaces publics, de production d’eau également. Les métiers du soin et de l’accompagnement social enfin, fortement féminisés : indispensables mais mal payés.

Une aide à nos entreprises pour relancer la production, sans oublier les petites et très petites entreprises (restaurants, artisans, commerçants, micro-structures de l’économie sociale et solidaire…).

Cette phase de confinement nous a également mis face à un défi que nous mesurions déjà, celui de l’isolement social induit par les outils numériques. Nous devrons renforcer le service public de l’accès aux infrastructures, développer un accompagnement social vers ces usages et fonder une tarification sociale permettant une consommation de base des données numériques.

Un geste pour le personnel enseignant, qui, malgré le dénigrement de certain·e·s au gouvernement, a assuré la continuité du service public.

Enfin, nous proposons une conférence sociale regroupant toutes les forces syndicales pour élaborer un nouveau contrat social : droit du travail, conditions de travail, rémunération et en particulier égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. Nous devons plaider en faveur d’un meilleur partage, une meilleure articulation des temps consacrés au travail, à l’éducation, au soin, à la vie du ménage, à la culture, aux loisirs et au Temps Libre. Il faut le marteler tout de suite, avant la fin du confinement. Nous devons collectivement réaliser que souvent, dans les foyers à deux parents avec enfants, c’est le moins bien rémunéré qui a mis en pause son activité, au profit du maintien des ressources de l’autre (l’homme souvent) : ce qu’on constate pour les congés parentaux est aussi à l’œuvre en ce moment.

Sortir de cette crise nécessitera des moyens. La volonté, nous l’avons :

  • Rétablissement de l’impôt sur la fortune.
  • Contributions des banques et des assurances.
  • Poser la question de la dette (ce que le Pape a fait, d’ailleurs)

En maintenant notre volonté de sortir de cette crise par le haut (refus de l’allongement du temps de travail…) nous serons, nous sommes, une force de propositions pour une autre société, une autre Europe, un autre ordre international.

Nous proposerons à toutes les forces de gauche et écologistes européennes, une conférence du changement pour construire une Europe sociale, économique et écologiste, une Europe qui respecte les droits humains, l’égalité entre les femmes et les hommes, une Europe solidaire et respectueuse de l’environnement.

En France :

Nous devons poser la question de quel type de développement économique nous voulons. Un développement qui respecte les femmes et les hommes, un développement tourné vers le bien-être social.

Nous devons être celles et ceux qui se battent pour le respect de l’environnement, nous devons reposer la question de la sortie du nucléaire, de l’arrêt des pesticides, des productions inutiles.

Retrouver le lien avec la nature est une nécessité. Plus que jamais nous devons être les porteur.e.s de la Solidarité, du Social, d’un progrès qui ne s’oppose pas à l’environnement.

Ce travail, il nous revient. Il sera difficile car la tendance naturelle serait de revenir à ce que nous connaissons. L’avenir, le proche avenir, nous dira si nous avons compris le sens de cette crise…

Cette contribution au débat s’inscrit dans la démarche La France d’après, initiée par le Parti socialiste. Elle a été rédigée avant l’intervention du Président de la République le lundi 13 avril 2020.

Photo : Hommage aux soignants, CC-by par Pascal Maga https://flic.kr/p/2iLVzBh