L’affaire Duhamel révèle un système inique

Suite au classement sans suite de l’enquête ouverte après à la plainte déposée par Victor Kouchner dans le cadre de l’affaire Duhamel, j’ai souhaité m’associer à une tribune libre publiée le 18 juin 2021 dans les colonnes du journal L’Humanité, aux cotés de personnalités engagées en faveur de l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des mineur·e·s.

Je vous invite à prendre connaissance du contenu de ce texte ainsi que du nom des différent·e·s signataires.

« L’affaire Duhamel révèle un système inique

Victor était un enfant quand il a été agressé sexuellement dans les années 1980 par son beau-père, le constitutionnaliste Olivier Duhamel, qui a reconnu les faits.
À 35 ans, Victor n’a pas osé déposer plainte pour se protéger. À 45 ans, il a trouvé enfin le courage de le faire dans le sillage du mouvement #MeTooInceste déclenché par la Familia grande, le livre de sa sœur Camille Kouchner qui a révélé les faits.
80 000 victimes s’étaient alors exprimées sur les réseaux sociaux pour révéler les incestes qu’elles avaient subis. Parmi elles, nombreuses étaient celles qui disaient ne jamais avoir eu accès à la justice du fait de leur réveil tardif. Le 14 juin 2021, la plainte de Victor a été classée sans suite du fait de la prescription pénale.


Circulez ! Il n’y a rien à voir… Victor n’est malheureusement pas la seule victime qui n’obtiendra jamais justice en raison de la prescription pénale. Ce droit à l’oubli institué par le Code Napoléon qui fait que, au bout d’un certain temps, les crimes doivent être oubliés, donc ne peuvent plus être jugés. En France, les victimes de crimes sexuels sur mineur·e·s ont jusqu’à 48 ans pour déposer plainte depuis la loi sur les violences sexuelles et sexistes d’août 2018. Mais cette loi ne bénéficie qu’aux victimes dont les faits n’étaient pas prescrits avant cette loi, laissant un grand nombre dans l’oubli. Avant lui, Flavie Flament, Sarah Abitbol, Vanessa Springora ont raconté les viols qu’elles avaient subis enfants. Les années de souffrance qui ont suivi. Et au bout du compte, des livres, soit, mais surtout une absence de réponse pénale. Sans compter toutes les victimes anonymes qui ne s’expriment pas publiquement et qui ont vu leur vie
brisée par les conséquences de ces crimes.
Autant d’adultes violés enfants qui, lorsqu’ils/elles ont enfin eu le courage, comme Victor, de déposer plainte, se sont vu opposer le mur de la prescription. Un Français sur 10 est victime d’inceste. Chaque année, en France, 165000 enfants sont victimes de viols et de tentatives de viol. 4 % déposent plainte et moins de 1 % des plaintes aboutit aux assises. Autrement dit l’impunité est quasi totale. La réponse des responsables politiques au travers de la loi Billon, votée en avril dernier, était largement insuffisante. Rien n’a été décidé sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineur.e.s réclamée par de nombreuses associations, pas plus que sur l’introduction de l’amnésie traumatique dans la loi. Face à l’ampleur du fléau et à l’approche des prochains
scrutins, un sursaut politique s’impose pour se saisir réellement des violences sexuelles commises sur les enfants, qui sont aussi un enjeu majeur de santé publique. »

Les signataires : Andréa Bescond, réalisatrice,actrice et membre du mouvement Sauvons les enfants, Éric Métayer, réalisateur, acteur ; Sarah Abitbol, patineuse et autrice, Muriel Salmona, psychiatre, Michelle Meunier, sénatrice socialiste, Mié Kohiyama, présidente
de Moi Aussi Amnesie, Arnaud Gallais, cofondateur du collectif Prévenir et Protéger, Marie Rabatel, présidente de l’Association francophone des femmes autistes, Nora Fraisse, fondatrice de l’Association Marion la main tendue, Sokhna Fall, thérapeute
familiale, anthropologue, Anne-Lucie Viscardi, fondatrice du blog La génération qui parle et d’Uman Arts Company, Aurore Le Goff, auteure et conférencière, Sandrine Martins, association Innocence en danger, association Le monde à travers un regard, association Enfants Devenus Grands, Françoise Le Goff, Laurence Le Goff, Martine Nativi, militante féministe et communiste,Pierre-Emmanuel Germain-Thill, coach et ex-membre de la Parole libérée.

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