« La question est simple : Damien Abad peut-il, comme ses fonctions le requièrent, incarner l’intérêt général ? »

Avec près de 200 femmes, j’ai signé cette tribune initiée par #NousToutes et l’Observatoire des Violences sexistes et sexuelles en politique. En tant que femme, en tant que militante féministe, en tant que parlementaire engagée pour changer la vie des personnes en perte d’autonomie, il m’est inconcevable de devoir entamer des discussions avec ce membre du gouvernement.

Comment sereinement porter les enjeux du respect de la dignité des personnes âgées, de l’expression de leur volonté, comment aborder la question cruciale de l’intimité et de la vie sexuelle des personnes en perte d’autonomie en établissement ou à domicile, avec ce ministre accusé de viol ou tentative de viol ?

Texte de la tribune, publié sur LeMonde.fr :

Nous, femmes de tous milieux professionnels, de tous bords politiques, demandons la démission immédiate de Damien Abad et de toute personne mise en cause pour violences sexuelles ayant un mandat politique. Son maintien au sein du gouvernement est le symptôme de la grande résistance qu’opposent les réactionnaires aux femmes qui prennent la parole depuis des années et peinent à être entendues.

En reléguant à la justice le pouvoir unique de trancher, le gouvernement fait preuve d’une grande lâcheté. Ce n’est pas une décision judiciaire que nous lui demandons de prendre, mais bien une décision politique. Ce n’est pas la justice qui décide de la nomination des ministres, ce n’est pas à elle d’en décider la démission.

Pas plus qu’il ne revenait aux électrices et électeurs de sa circonscription de l’Ain de se prononcer sur le caractère éthique ou non de sa candidature. Par ailleurs, de nombreux ministres ont démissionné pour bien moins. La question qui se pose est pourtant simple. Damien Abad peut-il, comme ses fonctions le requièrent, incarner l’intérêt général ?

Un symbole qui impacte la société

Le peut-il, alors que trois femmes l’accusent de viol ou de tentative de viol et que de nombreuses personnes, y compris des élus de la République, ont témoigné de comportements tout à fait inappropriés ? Son maintien est un symbole qui impacte la société tout entière. Sur le terrain, le président de la République et la première ministre ont tour à tour été interpellés par des femmes qui expriment leur colère et soulignent le mépris renvoyé par le gouvernement aux victimes.

Rappelons qu’un viol est commis toutes les six minutes en France, et qu’un féminicide par un conjoint ou ex-conjoint est commis tous les deux jours et demi. Pour traiter cette question de sécurité et de santé publique, il est urgent de créer un climat de confiance dans nos institutions.

Pour oser franchir le seuil d’un commissariat dans lequel on sera bien reçue, pour porter plainte en sachant que notre plainte sera prise au sérieux et donnera lieu à une enquête approfondie. Pour quitter son domicile et recevoir la protection adéquate. Pour que chaque femme sache que l’entièreté des moyens publics seront mis en œuvre pour sa sécurité.

Le gouvernement décide d’être complice

Le message envoyé par ce gouvernement est tout autre. Dans le même temps, pour faire reculer ces violences, les hommes qui les commettent doivent saisir la gravité et la criminalité de leurs actes. Si des ministres peuvent agir en toute impunité, un blanc-seing semble être envoyé à tous les autres.

Ce maintien signe une complicité avec les hommes violents. Nous ne sommes pas dupes, nous avons bien conscience qu’il est question d’éviter un précédent, d’éviter que la démission de Damien Abad ne vienne entraîner, pour les mêmes motifs, celle de Gérald Darmanin. Alors, le gouvernement décide d’être complice.

Dans une entreprise, si une personne accusée de harcèlement sexuel était protégée par son employeur, maintenue en poste, sans enquête interne, sans mesure de prévention, sans mise à pied conservatoire le temps qu’une enquête soit déployée, la responsabilité de l’entreprise pourrait être engagée, au nom de l’obligation d’assurer à l’ensemble des salarié·es la sécurité au travail.

Une absurdité et une injure aux femmes

Pourquoi les ministres seraient-ils au-dessus des lois qui s’imposent à l’ensemble de la société ? Nous en tirons les enseignements suivants. Premièrement, nos actions fonctionnent. La société évolue, nous faisons évoluer, toutes ensemble, les limites de l’acceptable et de l’inacceptable. La nomination de ministres mis en cause pour viol ne peut plus être banalisée.

Deuxièmement, il est fondamental d’observer de très près les dysfonctionnements de la justice : la difficulté à porter plainte, les nombreux classements sans suite, les rares condamnations, la longueur et le coût des procédures n’inspirent pas confiance aux victimes. Renvoyer le maintien ou non d’un ministre à une institution lente, lacunaire dans ses procédures et dont le budget est trop faible est une erreur politique colossale.

Troisièmement, nous savons que nous sommes face à un appareil d’État brutal avec les militants et les victimes, qui agite le mépris et le discrédit de leur parole. Face à cela, nous rappelons au gouvernement que nous sommes, chaque jour, plus nombreuses et nombreux à trouver leur réponse face à cette crise démocratique lâche et honteuse.

Que nous nous structurons, que le vent tourne et que, bientôt, le maintien de deux ministres accusés de viols ou tentatives de viol sera perçu comme une absurdité, une injure aux femmes et au bon fonctionnement de la politique.

Signataires :

La tribune est signée par 188 femmes dont la liste est publiée ici.

Pour un #MeTooPolitique

Je suis signataire de la tribune parue ce lundi 15 novembre dans Le Monde, sous le titre Il faut « écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes » de la vie politique., que je reproduis ci-dessous et disponible sur le site www.metoopolitique.fr

Les agresseurs sexuels n’ont pas leur place aux élections de 2022

Nous, femmes travaillant dans le milieu politique, élues, collaboratrices, fonctionnaires, responsables associatives, militantes, qui côtoyons régulièrement les hommes politiques, mais avant tout citoyennes, appelons le monde politique à une réponse d’ampleur aux violences sexuelles et sexistes commises par nos représentants.

Au sein du Parlement, des mairies, des conseils départementaux et régionaux, des hommes mis en cause, parfois condamnés, pour viol, pour agression sexuelle, pour atteinte sexuelle sur mineur·e, pour violences conjugales sont élus, malgré les discours affichés sur la lutte contre les violences faites aux femmes, malgré nos alertes répétées. Qu’est devenue la grande cause du quinquennat ?

En avril 2022, nous choisirons le ou la présidente de la République. Trois candidats ou potentiellement candidats à l’Élysée sont déjà cités dans de nombreux témoignages d’agressions sexuelles. Cela ne les empêche pas, loin de là, de considérer qu’ils sont dignes d’occuper la magistrature suprême. C’est dire à quel point la condition des femmes et des victimes leur est indifférente. En juin 2022, nous élirons  les membres de l’Assemblée nationale.  Aujourd’hui, parmi les 577  député·e·s, certains  sont auteurs de violences sexistes et sexuelles. 

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Déconjugalisation de l’AAH : une mesure de justice pour les personnes en situation de handicap

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 12 octobre 2021

Le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain (SER) a voté pour la déconjugalisation de l’allocation adultes handicapés (AAH), dans le cadre d’une proposition de loi portant diverses mesures de justice sociale. En prévoyant le calcul de l’AAH sans prendre en compte les ressources du conjoint, cette mesure permettrait aux personnes handicapées d’acquérir une autonomie financière vis-à-vis de leur partenaire. Le groupe SER dénonce le refus du Gouvernement de mettre en place cette mesure de justice sociale. 

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Individualiser l’allocation adultes handicapés : qu’attend le gouvernement ?

Stand de l’association Act-Up à la fête de l’Humanité 2021

Mercredi 29 septembre 2021, je suis intervenue devant le Sénat pour adresser une question au gouvernement. J’ai interrogé la secrétaire d’État en charge des personnes handicapées sur le mode de calcul de l’allocation adultes handicapés AAH.

« 903 euros par mois, c’est bien souvent le seul revenu que perçoivent ses 1,2 millions d’allocataires, vivant seuls dans 7 à 8 cas sur 10. Pour les autres, en couple, le montant de l’allocation dépend des revenus du ou de la partenaire. »

Cette « conjugalisation » de l’AAH est une entrave à l’autonomie financière, une assignation à dépendre économiquement du conjoint. Elle enferme les femmes handicapées dans leur foyer, où elles risquent deux à six fois plus que les femmes valides de subir des violences sexuelles.

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Féminicide de Mérignac : les sénatrices et sénateurs socialistes profondément indignés et meurtris

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Jeudi 06 mai 2021

Mardi, à Mérignac, une femme âgée de 31 ans, mère de trois enfants, est morte en pleine rue, après avoir été brûlée vive par son mari. Cet acte barbare porte à 39 le nombre de féminicides depuis le début de cette année. 39 femmes mortes sous les coups d’un homme violent ! Ce chiffre est insoutenable. Le groupe Socialiste, Ecologiste et Républicain tient à adresser tout son soutien et témoigner de sa solidarité à ses enfants et à ses proches, ainsi qu’au maire de Mérignac, Alain Anziani. 

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Calcul de l’allocation adultes handicapé·e·s : ne plus tenir compte des revenus du conjoint

Je suis intervenue, ce mardi 9 mars 2021, en séance publique au Sénat lors de l’examen d’une proposition de loi intitulée « diverses mesures de justice sociale » et principalement consacrée au mode de calcul de l’allocation pour les adultes handicapés, dite AAH.

J’ai défendu la position des sénatrices et sénateurs socialistes favorables à la « déconjugalisation » de l’AAH : c’est-à-dire favorables à ne pas tenir compte des revenus perçus par le conjoint ou la conjointe pour le calcul du montant de l’AAH.

Au lendemain du 8 mars, j’ai défendu plus d’autonomie pour les personnes handicapées, souvent figées dans un statut conjugal du fait de la faible autonomie issue de ces ressources. J’ai souligné la dimension égalitaire de cette déconjugalisation, pour l’émancipation des femmes en situation de handicap, plus exposées que les compagnes valides aux violences conjugales.

«Non, il n’est pas juste qu’une personne en situation de handicap doive choisir entre son statut conjugal et ses ressources ; il n’est pas juste qu’étant dans l’incapacité d’assurer ses revenus par le travail, elle doive dépendre de ceux de son conjoint ou de sa conjointe pour percevoir une allocation »

Le Sénat a adopté la proposition de loi qui exclut les ressources du conjoint de celle d’une personne en situation de handicap demandant à percevoir l’AAH ; le texte adopté contient un dispositif de transition qui vise à éviter que certains foyers soient perdants si le mode de calcul actuel leur était plus favorable. C’est donc une très bonne nouvelle pour les personnes concernées et le secteur associatif du handicap, qui attendait cette déconjugalisation de longue date. Il faudra désormais que la commission mixte paritaire tienne compte de cette avancée et de cette attente… contre l’avis du gouvernement et de Mme Cluzel.